TOULON S’OFFRE UN BOL D’AIR

 

Du 19 au 22 septembre, Toulon se penche sur les problèmes liés à la pollution et sur les solutions à apporter. Avec en point d’orgue, le 22, la journée internationale « En ville sans ma voiture ».

 

 

Il faut savoir reconnaître les bonnes intentions. Pour ce week-end, on applaudira donc des deux mains l’initiative municipale, aussi peu originale soit-elle. La Ville de Toulon, en collaboration avec le Conseil général, organise quatre jours d’activités de sensibilisation aux problèmes liés à l’environnement.

 

Il faut dire que notre bonne vieille ville portuaire a de quoi se soucier de la pollution. Au mois de juillet, Toulon a connu six pics de pollution. Autant dire qu’il devient urgent de s’en préoccuper. Depuis 20 ans, la pollution liée aux transports a augmenté de plus de 30 %, une hausse qui s’explique en grande partie par une croissance du trafic automobile. En ville, le problème est sérieux puisque la consommation est quatre fois supérieure à celle sur autoroute. Dans l’agglomération toulonnaise un million de personnes se déplacent par jour et seulement 7 % se déplacent en transports en commun. Pas étonnant, vu le service offert…

 

 

Rouler propre

 

 

Or, la pollution provoque d’une manière générale une augmentation des problèmes respiratoires. Le bruit lié au trafic est également un des problèmes auquel il convient de remédier. Ce n’est pas être grincheux que de réclamer des transports moins bruyants, ni même être trop tatillon quand les études scientifiques mettent l’accent sur les conséquences néfastes du bruit, comme notamment le stress,  sur les riverains. Quotidiennement, les bruits dépassent la norme des 65 décibels, niveau à partir duquel apparaisse des troubles sanitaires.

 

Dans ces conditions, les transports en commun, avec des véhicules plus propres et moins bruyants, pourraient satisfaire bon nombre d’habitants. Mais pour cela, il conviendrait bien sûr que le réseau couvre toute la ville et que les usagers soient sensibilisés à leur usage. Car 7 %, c’est encore très peu pour une ville comme Toulon.

 

Et si les Toulonnais persistent à se refuser aux transports en commun, ou en attendant un réseau digne de ce nom, restent que des automobiles plus propres seraient un palliatif acceptable. Rendez-vous donc pris sur la place de la Liberté où le salon du véhicule propre qui se déroulera pendant les quatre jours. Parallèlement, un espace de la communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée sera dédié aux transports publics, et notamment au futur tramway toulonnais. Co-organisé par l’AVEM (Avenir du véhicule électrique méditerranéen) et « Espaces pour demain », deux associations varoises, le salon tâchera de faire connaître aux usagers les solutions existantes en matière de véhicules propres.

 

 

Tous écolos ?

 

 

A l’échelle internationale, le dernier sommet de Johannesburg a montré qu’il reste encore du travail, prouvant au passage que la thématique écologique intéresse davantage en théorie qu’en pratique. Selon Greenpeace, le sommet fut d’ailleurs « un véritable échec  ».

 

A l’échelle locale, le maire de Toulon, Hubert Falco, appuie ses propos tenus lors du dernier conseil municipal « sans être Verts, nous pouvons être capables nous aussi de faire de l’écologie  ». D’en faire, peut-être, mais d’en comprendre les enjeux et les obligations, pas sûr, et de prendre les décisions impopulaires que cela peut nécessiter, certainement pas. La droite nationale a repris à son compte avec une démagogie déconcertante le cheval de bataille des anciens amis de Dominique Voynet. Si bien que Jacques Chirac a gratifié l’Afrique du Sud et le monde d’un discours enflammé pendant Johannesburg, et ne rate pas une occasion de défendre Kyoto par des tirades véhémentes. Pourtant, quelles sont ces résultats à l’échelle nationale ? Les nombreux dérapages de la ministre de l’Environnement, Roselyne Bachelot, et le soutien indéfectible de la France au nucléaire comme avenir écologique de notre pays, et ce malgré un traitement des déchets plus que problématique, laissent planer un doute sur la compétence écologique de la vague bleue. Et lorsqu’Hubert Falco juge que le tunnel aura une incidence directe sur la qualité de l’air toulonnais, on est en droit de s’interroger.

 

Car même si ce dernier, en chassant les véhicules de la surface et en évitant les embouteillages, « ce seront encore des voitures polluantes qui l’emprunteront  » comme a tenu à le rappeler le conseiller municipal des Verts, M. Marfaing. Mais personne à droite n’est écolo au point de faire la guerre qui s’impose aux voitures. Ou alors, personne n’ose le dire. Mais comment faire de l’écologie et de la lutte contre la pollution atmosphérique tout en ménageant la susceptibilité des automobilistes ?

 

Toujours est-il que l’écologie est à la mode, ce qui lui confère un véritable enjeu électoral, y compris à l’échelon local. Selon un sondage Impact Médecin/IPSOS, les citadins se montrent très inquiets : 66 % estiment que la qualité de l’air de leur ville s’est plutôt détériorée ces dernières années, et 64 % sont prêts à payer plus cher pour une voiture moins polluante. Si bien que paradoxalement, le marché à l’origine des déboires écologiques pourraient encore être le grand gagnant du tournant vert de la clientèle. Pas étonnant qu’il tente de se refaire une virginité pour convaincre de nouveaux acheteurs. Et finalement, en Politique, c’est un peu pareil.

 

Mais à Toulon, tant que le tramway, prévu pour 2008, ne sera pas fonctionnel et que la politique des transports en commun ne sera développé que partiellement, les résultats seront infimes et le scepticisme quant au tournant vert de la municipalité persistera. Et ce n’est pas avec un simple week-end « environnement » que l’on devient écologiste. Tout juste on essaie de « faire de l’écologie  », ce qui n’est précisément pas la même chose.

 

 

Article publié dans l’édition varoise du journal La Marseillaise , le jeudi 12 septembre 2002.

 

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