CASSELMAN | Dans le cadre du projet « Élargir l’espace francophone », une étude a été rendue public le mardi 12 avril dernier, à Casselman, invitant les municipalités, les conseils scolaires et les organismes communautaires à en faire plus pour attirer des immigrants francophones dans l’Est ontarien.
L’étude, intitulée « État des lieux de l’immigration d’expression française dans l’Est de l’Ontario », dresse un portrait de l’immigration francophone dans Glengarry-Prescott-Russell, Stormont-Dundas-Glengarry et Frontenac.
Commandée par plusieurs organismes communautaires dans le cadre du projet « Élargir l’espace francophone » et financée par Citoyenneté et Immigration, les trois conseils scolaires de l’Est, le Rdée Ontario ainsi que La Cité collégiale, cette étude a été menée par l’entreprise Ronald Bisson et associé.e.s.
Son objectif : attirer plus d’élèves dans les écoles francophones. Mais pas seulement, explique Ronald Bisson, co-auteur de l’étude avec Patricia Ahouansou : « C’est un véritable phénomène au Canada : l’immigration est un moteur économique et un outil stratégique pour l’épanouissement des municipalités. J’ai travaillé à travers tout le Canada et je peux dire que celles qui ont développé un plan stratégique pour attirer des immigrants n’ont pas eu à le regretter ».
Il s’agit donc également de persuader les municipalités étudiées de mettre en place une stratégie propre à attirer les immigrants francophones dans l’Est ontarien. « Beaucoup ne savent pas ce que nous avons à offrir ici, nous devons mettre l’accent là-dessus pour accueillir des immigrants d’Europe, d’Afrique du nord et de tous les pays francophones », note Daniel-Pierre Bourdeau, agent de liaison communautaire pour le Centre canadien de leadership en évaluation (LeClé).
En s’appuyant sur les chiffres du recensement de 2006 et en interrogeant les organismes communautaires et les conseils scolaires de la région, M. Bisson a pu regrouper les données sur lesquelles il s’est appuyé pour faire ses recommandations.
« Le phénomène d’immigration est avant tout urbain. Il y en a encore très peu dans les régions rurales. Toutefois, il se fait plus naturellement pour les immigrants anglophones », remarque-t-il.
Selon les chiffres de l’étude, il y avait 2605 immigrants anglophones établis dans les Comtés unis de Prescott et Russell en 2006 contre seulement 465 pour les francophones. L’immigration anglophone est proportionnellement 10 fois plus élevée que l’immigration francophone dans Prescott et Russell. Si les francophones restent majoritaires dans les CUPR, cela pourrait s’inverser à long terme.
« S’ils avaient eu un plan d’immigration régionalisée il y a 40 ans, les CUPR compteraient 14 397 immigrants francophones en plus, selon nos calculs. Mais, il y a 40 ans, la région avait d’autres dossiers prioritaires à traiter, comme celui d’avoir des conseils scolaires francophones… Aujourd’hui, il est temps de mettre en place un plan. Glengarry-Prescott-Russell a le potentiel pour être précurseur dans le domaine de l’immigration rurale », assure M. Bisson.
Des défis à relever
Dans la province voisine, la régionalisation de l’immigration est une direction prise depuis plusieurs années et qui a porté ses fruits dans les parties plus reculées en manque de main-d’œuvre et de population.
En publiant l’étude devant les organismes communautaires, les conseils scolaires publique et catholique, mais aussi des représentants de l’Association française des municipalités de l’Ontario et de l’ACFO de Prescott et Russell (Association canadienne-française de l’Ontario), M. Bourdeau espère susciter l’intérêt et la réflexion de ces partenaires. « Ça doit venir des gens du milieu », pense-t-il.
Il devrait également effectuer cette présentation devant les élus des CUPR, à L’Orignal, le 10 mai prochain. « Il y a un intérêt réel de la part des municipalités. Si elles veulent grandir, s’épanouir, attirer et garder de nouveaux résidants, l’immigration est un bon moyen ».
Selon M. Bisson, il s’agirait dans un premier temps de choisir une municipalité des CUPR et d’y appliquer le plan de recrutement, d’accueil et d’intégration, pour en évaluer les résultats quatre ou cinq ans plus tard.
« Il faut donc se faire connaître, en allant sur les forums rencontrer des immigrants et leur parler des opportunités ici. L’argent pour établir ce plan ne devrait pas poser de problème car il y a beaucoup d’aide possibles auprès de Citoyenneté et Immigration Canada ».
Pour l’auteur de l’étude, les municipalités auraient tout à y gagner, attirant de nouvelles forces vives propres à développer des petites entreprises et à offrir leur main-d’œuvre dans les secteurs clés.
« Le capital humain est la ressource la plus recherchée dans la région», assure M. Bisson.
Toutefois, le défi sera également de convaincre les employeurs de recruter cette nouvelle population. Après tout, pour toute immigration, il faut avant tout de l’emploi.
Article publié dans l’édition du mardi 19 avril 2011 du journal hebdomadaire ontarion Le Reflet.
Publié par benjaminvachet