OBAMA, DERRIÈRE LE NUAGE

1 janvier 2009

 

                                                                                                                                                                                  Dans le concert de louanges suscité par l’élection du 44ème président américain, tout esprit critique semble disparaître, comme si de l’ombre, les États-Unis retrouvaient la lumière, comme si la seule élection d’un homme de couleur, toute aussi symbolique soit-elle, redorait le blason de cette démocratie de l’oncle Sam, qu’il est si bon de décrier. Pourtant, qu’on se le dise, depuis le 20 janvier, la Maison Blanche n’abrite pas un sauveur.

 

C’est un scénario digne de l’une des meilleures fictions hollywoodiennes. Quoi que, dit en passant, on aurait sans doute trouvé les ficelles un peu grosses pour un tel blockbuster américain. Né d’un père Kenyan et d’une mère américaine sur la petite île paradisiaque d’Hawaii, à une époque où, dans certains États sudistes, le simple fait de regarder une femme blanche pouvait valoir la mort à un homme de couleur, le jeune Barack Hussein Obama n’a pas eu la vie facile. Délaissé par son père pour une bourse à l’université d’Harvard à deux ans seulement, bringuebalé d’Hawaii aux quartiers pourris de Djakarta dès 6 ans, puis de la banlieue chic indonésienne vers son île de naissance pour s’installer finalement chez ses grands-parents, le jeune homme se perd entre ses deux identités et sombrent dans la drogue et l’alcool. « Junkie, accro à l’herbe : en tant que jeune noir, voilà le rôle qu’on s’attendait à me voir jouer  », expliquera-t-il plus tard. Un rôle qu’il refuse finalement pour obtenir une licence en sciences politiques à la Columbia University de New York. La suite, on la connaît : quatre ans seulement après être devenu le seul représentant afro-américain au Capitole comme sénateur de l’Illinois, il bat son adversaire républicain John McCain pour devenir le premier président noir des Etats-Unis. Le rêve américain est en marche et un court instant, on replonge dans les ascensions sociales que contait le cinéma américain des années 80. Avec un second prénom pareil, c’était pourtant loin d’être gagné !

 

Un contexte… favorable

 

 

Pour sauter les étages qui mènent au sommet, il aura grillé la politesse à Hilary Clinton, favorite des sondages. « Son éloquence, sa facilité à créer un lien avec le public l’a sans doute avantagée », explique Julien Tourreille chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Moins expérimenté, celui à qui on prédisait un avenir pour 2012 au sein du parti Démocrate n’aura pas attendu jusque là. « Barack Obama a apporté un vent de fraîcheur, il a su remotiver les électeurs  ». Le taux de participation énorme et la victoire la plus large des Démocrates depuis 1964 en témoignent.

 

                                                                                                                                                                               « La lassitude suscitée par l’administration Bush l’a également bien aidé. Il aurait sans doute eu plus de mal sans lui », précise Julien Toureille. Facile, en effet, de passer après un président dont la côte de popularité termine plus faible encore que celle de Nixon au moment de sa démission !

 

Positionné sur le thème du changement – une évidence – par son conseiller, ancien journaliste, David Axelrod, Barack Obama a également su éviter les clivages d’un Jesse Jackson qui arguait sur la culpabilité des blancs pour le ségrégationnisme. Une condition qui, en plus du vote des jeunes et des communautés, lui a permis de capter l’électorat des Blancs.

 

                                                                                                                                                                      « Barack Obama a concrétisé l’idéal de Martin Luther King. Il a su marquer une rupture par rapport au baby-boomers en passant au-delà des clivages entre les conservateurs républicains et les progressistes démocrates  ». Au risque de sombrer dans la démagogie ? « Il est certain que ses discours insistent plus sur la rhétorique que sur des propositions concrètes. A cet égard, Hilary Clinton maîtrisait sans doute mieux ses dossiers  ». Pas suffisant toutefois pour devenir la première femme présidente.  

 

 

« Les nuages vont s’évanouir… »

 

 

Mais la forme compte autant que le fond, si ce n’est plus, dans une course à la présidence. Même Michael Moore ou Noam Chomsky se sont laissé séduire par le grand orateur Obama. « Je l’ai soutenu comme le moins pire des deux  », nuance ce dernier (1). « Dire qu’un tel miracle ne peut se passer qu’aux États-Unis, c’est juste le reflet du racisme occidental : la Bolivie a élu un président indigène pour la première fois depuis 500 ans et on en parle beaucoup moins !  ». Rabat-joie l’intellectuel libertaire à lunettes ? Dans certains pays comme le Canada ou la France, difficile malheureusement d’imaginer voir élire un premier ministre noir ou un président maghrébin. Alors, le rêve américain nourrit les fantasmes et il est impensable de ne pas apprécier le chemin parcouru.

 

L’histoire est si belle, parsemée d’anecdotes comme le peu d’intérêt d’Obama pour la politique, au départ, son idéalisme, sa préférence pour le milieu communautaire où il travaille comme animateur social pour 800 dollars par mois alors qu’une carrière confortable se dessine dans un grand cabinet financier. Qu’importe si sa femme gagne 325 000 dollars par an dans le même temps, qu’importe si lui aussi est passé par Harvard, a baigné dans cette culture… Cela nourrit les légendes, construit les mythes, justifie les tee-shirts, les posters et même… le salon de coiffure qui porte son nom au Soudan. Peut-on nous reprocher l’enthousiasme quand on s’endort le 19 janvier 2009 avec un président analphabète, manichéen et illuminé à la tête de la plus grande puissance mondiale pour se réveiller, quelques heures plus tard, avec un jeune homme beau, dynamique, intelligent, qui refuse d’agir trop vite et promeut le temps de réflexion nécessaire ? Un homme qui s’est opposé à la guerre en Irak, qui veut lutter contre le fossé énorme creusé entre les riches et les pauvres dans son pays, étendre la couverture santé, améliorer l’accès à la contraception, défendre le droit à l’avortement et l’union civile pour les personnes du même sexe. Comment résister, alors, à l’enthousiasme planétaire ?

 

« Les nuages vont s’évanouir, et alors, on le percevra tel qu’il a toujours été : une sorte de démocrate centriste, dans l’esprit de Clinton  », prévient Noam Chomsky. Un constat que partage Julien Toureille « même si le ton va changer, il ne faut pas oublier qu’il sera surtout là pour faire valoir les intérêts américains. Au niveau national comme international, il va décevoir. Regardez juste en Afghanistan : il est partisan d’envoyer plus de soldats  ».

 

 

Obama n’est pas une colombe

 

Certes, dès son intronisation, il n’a pas tardé à respecter ses promesses de fermer Guantanamo et d’interdire la torture comme méthode d’interrogatoire, mais ses premières nominations conduisent à une évidence : le Grand soir n’est pas pour aujourd’hui à la Maison Blanche, même pas une révolution de palais. Certaines têtes restent en place, comme le secrétaire à la Défense Robert Gates, ancien de l’administration Bush, d’autres, comme Emmanuel Rham, refont surface après avoir fréquenté les locaux sous l’ère Clinton et les va-t-en-guerre sont toujours en place sous les traits de Joe Biden et Hilary Clinton. Peut-être est-ce une stratégie pour obtenir l’appui nécessaire des Républicains au parlement sur certains dossiers ? Peut-être est-ce une manière de tuer définitivement l’opposition ou les concurrents, comme Hilary Clinton ? L’homme est fin stratège, tout reste possible, mais l’aile gauche du parti s’interroge.

 

« Diplomatiquement, il va faire comme Condoleezza Rice  », prédit Noam Chomsky « quelques mots de diplomatie, puis la menace de la force  ». François Brousseau, chroniqueur d’affaires internationales à Radio Canada, le confirme : « Il y a chez lui une persistance de l’esprit cow-boy et de la pensée magique qui l’accompagne : on tue les méchants, puis on aura gagné et le problème sera réglé. Ses déclarations de candidat (…) étaient même plus radicales, à l’occasion, que celles d’un George Bush !  » (2). Pour sauver le monde, il faudra donc attendre.

 

 

Le changement ? Quel changement ?

 

 

Même son de cloche du côté de ses promesses intérieures. En matière de santé, s’il veut améliorer le système, il ne remet pas en cause l’échec du privé. Malgré le peu d’impact que prévoient les économistes, il insiste pour baisser les impôts des classes moyennes, sa clientèle électorale. Quant à ses velléités de revoir l’ALENA, elles seraient moins affirmatives en coulisses.

 

Ajoutez à ces éléments son passé à faire campagne pour Clinton, un référentiel religieux catholique, baptiste, méthodiste qui le rapproche de Bush au rayon des culs-bénits au pouvoir, vous aurez les ingrédients pour doucher l’enthousiasme.

 

Mais le contexte intérieur et extérieur pourra toujours le servir pour expliquer qu’on ne change pas le monde en seulement quatre ans, et que l’héritage républicain, ajouté à la crise, était trop lourd à porter. Si pour l’instant, la « Obamania » ne flanche pas, à ce jeu-là, la symbolique ne suffit pas et seule son action comptera.

 

(1)   « Noam Chomsky : regard critique sur l’Amérique ». Interview pour le Monde.fr, 16 janvier 2009.  http://www.lemonde.fr/archives/visuel/2009/01/16/noam-chomsky-regard-critique-sur-l-amerique_1142592_0.html

(2)   « Attention aux mirages ! ». L’actualité. Février 2009

 

 

 

 

Article publié dans l’édition de janvier-février du journal montréalais, L’Interligne .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


LE RETOUR DE L’INTERVENTIONNISME

1 janvier 2009

                                                                                                                                                                                  

Après tant d’années de laisser-faire, d’autorégulation des marchés et de désengagement de l’ Etat, les certitudes libérales s’effritent. Et face à la crise, gouvernements et économistes ressortent des cartons ce bon vieux John Maynard Keynes, père de l’interventionnisme d’ Etat.

 

« Il y a quelques années, être moderne passait par le tout privé  », s’amuse Wouter Bos, ministre travailliste des finances des Pays-Bas « en 2003, la première chose que j’ai faite pour montrer combien j’étais un leader socialiste moderne et efficace a été d’effacer dans ma déclaration de principe la ligne disant que mon parti devait nationaliser les banques. Il y a deux mois, c’est pourtant ce qu’on a fait ! » (1). Ironique, n’est-ce pas ?

 

Que sont nos belles certitudes devenues, celles qui dictent que l’offre et la demande, la main invisible, permettent d’assurer le fonctionnement du système ? « Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, s’est trompé sur toute la ligne en imaginant que le marché éliminerait de lui-même ceux qui prendraient trop de risques. Au contraire, ils ont contaminé tout le secteur financier », raconte Yvon Fauvel, professeur au département des sciences économiques de l’UQAM. Résultat : une crise financière américaine sans précédent depuis 1929 qui plonge le monde dans la récession.

 

 

L’ E tat à la rescousse

 

 

Á des degrés divers, tous les gouvernements ont chanté les louanges de cette sélection économique naturelle qui permet au marché de retomber sur ses pieds comme un chat lâché du troisième étage. Pourtant aujourd’hui, force est de constater qu’ils ne savent plus bien où ils en sont nos apôtres des politiques monétaires, empêtrés dans les plans de relance, prêts aujourd’hui à de grandes politiques budgétaires pour sauver le secteur financier – le premier à réclamer un désengagement général de l’É tat pour « libérer  » le marché – ou encore General Motors, une entreprise dont la gestion catastrophique a conduit à une situation non moins inquiétante : « Il est difficile d’avoir de la sympathie pour cette compagnie mais beaucoup d’emplois sont concernés et cela aurait des conséquences dramatiques en cascade si on ne faisait rien », justifie Thomas Mulcair, député d’Outremont et membre du Comité permanent des finances. « Mais cette aide suppose en contres-partie un plan clair de sortie de crise  », ajoute Yvon Fauvel.

 

 

Ottawa contaminé

     

 

Bien que préservé par un secteur financier que le Forum économique mondial considère comme très sain, le Canada n’échappe pas à l’effet domino de cette crise américaine. Nous voici donc en récession et même le parti Conservateur qui espérait sans doute se passer d’un plan est obligé d’intervenir.

 

A la veille de déposer son budget, le 27 janvier, le gouvernement Harper pense ressortir une recette qui a fait son succès électoral : la baisse d’impôt pour les classes moyennes, sa clientèle. Dur, dur d’imaginer un projet efficace et non partisan dans une situation politique aussi fragile. Pourtant même l’économiste républicain et texan Michael Brandl reconnaît que « ces baisses d’impôt de suffisent pas à elles seules  » (2). Et « le contexte ne s’y prête pas  », assure Yvon Fauvel, « la faute à une confiance des ménages en perte de vitesse, même au Canada, qui risquent de préférer l’épargne à la consommation pour prévenir les coups durs  ».

 

Pour soutenir les mesures fédérales, le ministre Jim Flaherty prépare déjà l’opinion publique à un déficit de plus de 30 milliards. « Le déficit n’est pas un problème en soi » tempère Yvon Fauvel, « ce qui compte, c’est le taux d’endettement et le nôtre est correct. Aujourd’hui, le déficit est nécessaire, ensuite il faudra le contrôler  ». Mais Thomas Mulcair l’annonce, le NPD n’appuiera sans doute pas ce budget conservateur : « c’est un vote de confiance et nous n’avons pas confiance en eux pour nous sortir de la crise  ».

 

 

Québec sur sa lancée

 

 

A l’échelle provinciale, Raymond Bachand l’assure, s’il est surprenant de voir les E tats-Unis et le Canada d’Harper se convertir à la philosophie keynésienne, le Québec a toujours su dépasser les luttes idéologiques pour un dosage pragmatique entre l’interventionnisme (exemple : Hydro-Québec) et l’idée que c’est au secteur privé de créer de la richesse. Pourtant le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation explique que : « s’il le faut, le gouvernement libéral accroîtra son influence sur l’économie  ». Dans cette gestion à la semaine, même le maintien du « déficit zéro » contre lequel son parti a basé sa campagne électorale n’est pas coulé dans le béton.

 

Avec pour objectif de soutenir l’activité, Québec base son plan d’intervention sur six mesures dont la hausse du salaire minimum, une contribution accrue à la Société Générale de Financement du Québec pour qu’elle soutienne les entreprises actives et l’augmentation des investissements en infrastructure d’ici 2013.

 

Des « mesurettes » pour certains en comparaison avec les chiffres pléthoriques annoncés ici ou là pour enrayer la crise. « Mais le Québec est dans une situation moins critique que beaucoup. Notre province profite d’une économie très diversifiée, multisectorielle et de plus, nous avions déjà de l’avance dans nos projets en infrastructure  », explique Raymond Bachand. Un gageur selon Yvon Fauvel qui explique que pour être efficaces, les investissements publics doivent porter sur des projets engagés rapidement, comme les travaux d’Hydro-Québec cet été ou les travaux de rénovation dans le secteur routier et des transports.

 

                                                                                                                                                                                        Le capitalisme menacé ?

 

 

Quelque soit la qualité des mesures annoncées, le Canada comme le Québec gardent les yeux rivés sur les premiers résultats de l’administration Obama. « Mais ils ne peuvent se répercuter sur notre économie si on conserve l’actuel gouvernement fédéral d’extrême droite  », soutient Thomas Mulcair, plaidant la cause de sa coalition.

 

« L’économie étant mondiale, on ne peut pas ne pas être touché  », concède quant à lui Raymond Bachand. Avec 80 % des exportations vers le marché américain, quand les E tats-Unis toussent, le Canada prend froid. Et bien heureux celui qui parvient à prédire quand cette crise prendra fin. « Chaque semaine les prévisions changent  », sourit un brin désabusé le ministre québécois.

 

Alors, crise finale du capitalisme ou énième crise cyclique nécessaire aux ajustements du capitalisme   ? « Au cours des 20-30 dernières années, nous avons baissé la réglementation sur les marchés financiers. Des risques énormes ont été pris que tout le monde paie aujourd’hui. Il convient de se doter des outils pour mieux encadrer les activités du secteur financier  », annonce Yvon Fauvel. Le retour de l’É tat en quelque sorte, y compris sur les marchés. Une position que ne renierait pas, là non plus, l’économiste Keynes, lui qui détestait les capitalistes et plaidait pour « l’euthanasie du rentier  » (3) cet être « cupide, méchant et angoissé dont l’obsession de l’argent s’explique par la peur de mourir  » (4). Selon lui, « la vie est faite pour vivre et consommer  ».

 

« Le capitalisme décadent, international mais individualiste, entre les mains duquel nous nous sommes retrouvés après la Guerre, n’est pas un succès. Il n’est pas intelligent, il n’est pas beau, il n’est pas juste, il n’est pas vertueux – et il ne livre pas la marchandise. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser  », disait Keynes en 1933 (5). On sait ce qu’il advînt ensuite pour relancer l’économie mondiale…

 

 

(1)      Intervention faite lors du colloque organisé par le secrétaire d’Etat français chargé de la prospective, en partenariat avec Le Monde et le Financial times. « Le chemin du postcapitalisme », Hervé Kempf. Le Monde.fr. 14 janvier 2009.

(2)      « La dette : le fardeau légué par Bush ». La Presse Affaires, Lundi 19 janvier.

(3)      John Maynard Keynes, « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », 1936.

(4)      « John Maynard Keynes, ou le triomphe de l’anticapitalisme », Oncle Bernard. Charlie Hebdo du Mercredi 14 janvier 2009.

(5)      John Maynard Keynes, « De l’autosuffisance nationale », 1933.

 

 

Article publié dans l’édition de janvier-février du journal montréalais, L’Interligne .


MONT-ROYAL : UN COMTÉ DÉFINITIVEMENT LIBÉRAL ?

1 novembre 2008

                                                                                                                                                                                

 

Avec 70 % des votes en mars 2007, Pierre Arcand aborde ce nouveau scrutin dans le rôle de favori. Le Parti Québécois aura-t-il les moyens de contrer son principal adversaire ?

 

 

A la place d’un électeur amateur de pari, s’il fallait choisir où désigner à l’avance un vainqueur au soir du 8 décembre, je miserais sans doute pas mal d’argent sur Pierre Arcand. Non que les adversaires du député de Mont-Royal, Simon Robert-Chartrand en tête, manquent de qualités, mais son score de 2007 couplé à l’histoire d’amour qui unit le PLQ à la circonscription depuis 1973 plaident en faveur de l’ancien président de Corus Québec. Des certitudes que tempère le principal intéressé : « si je suis confiant, je ne sous-estime pas mes adversaires, c’est un principe qui m’a permis de réussir en affaire. Rien n’est jamais gagné !  ».

 

La prudence reste de mise donc, même si en face, le candidat du Parti Québécois semble un peu résigné reconnaissant que son travail actuel consiste d’abord « à partir à la recherche de nos militants pour leur redonner confiance ». Histoire de faire mieux qu’en 2007 où Zhao Xin Wu suivait Pierre Arcand à la seconde place avec seulement 9,69 % des voix.

 

Pour y parvenir, le Parti Québécois compte sur les milieux modestes du comté. « Dans le bas de la circonscription, notre message rejoint la population car le Parti Québécois a toujours défendu les populations des classes moyennes et défavorisées  », avance Simon Robert-Chartrand. Pour exemple, il rappelle notamment l’instauration des Centres de la Petite Enfance…

 

Les garderies ? Un argument pas innocent quand on connaît les besoins en la matière dans la partie Côte-des-Neiges de la circonscription. Pierre Arcand le sait et ne laisse pas son adversaire jouer seul sur ce registre : « sur les quatre prochaines années, nous promettons 20000 places supplémentaires en garderie au Québec, il est important que la circonscription en profite car elle a des besoins  », annonce-t-il.

 

 

Vers un vote sanction ?

 

 

Circonscription à deux visages rassemblant Ville Mont-Royal et Côte-des-Neiges, Mont-Royal choisira donc sans doute entre ces deux candidats sont prochain député. Et dans cette course, Pierre Arcand part avec une longueur d’avance : celle d’y avoir été élu une première fois, il y a moins de 20 mois. « Aujourd’hui, je suis un meilleur candidat, j’ai plus d’expérience et une grande connaissance des dossiers. J’ai notamment était adjoint parlementaire au ministère des finances de Raymond Bachand, président du Conseil du trésor et vice-président de la commission de l’éducation  », explique-t-il.

 

Nouveau venu dans le paysage électoral, Simon Robert-Chartrand reconnaît quant à lui que « ce n’est pas gagné d’avance, mais je pense avoir les qualités pour faire un bon candidat  ». Diplômé en Science Politique à l’Université de Montréal, le candidat péquiste raconte avoir rejoint le Parti Québécois en 2004, puis soutenu Pauline Marois dans la course à la chefferie. « C’est un parti qui correspond à mes valeurs : de centre gauche, social-démocrate, souverainiste avec une plateforme écologique très intéressante  ». Pour sa première élection, il s’appuie sur le dynamisme de sa jeunesse pour s’accommoder de « cinq heures de porte-à-porte certains jours  » !

 

Sa chance, il l’imagine du côté des élections anticipées, loin des batailles de chef pour savoir qui a commencé. « Monsieur Charest les a déclenchées de manière opportuniste. C’est un deuxième tour de piste mais aussi une très bonne occasion pour nous de faire nos preuves d’autant que je ne suis pas certain que cette décision gouvernementale, peu appréciée des électeurs, favorise vraiment le PLQ. D’autant qu’en 20 mois, il n’a rien fait et nous ressert en plus la même plateforme qu’en 2007 ».

 

Fort logiquement, Pierre Arcand ne le voit pas du même œil et rejette le spectre du « vote-sanction ». « Personne ne veut jamais d’élections mais c’est la démocratie. Notre programme de qualité devrait attirer les électeurs vers les urnes  ». Fin des débats le 8 décembre…

 

 

Article publié dans l’édition de novembre-décembre du journal montréalais, L’Interligne .

 


« RENDRE AU PEUPLE SA SOUVERAINETÉ »

1 novembre 2008

 

 

Sur la route de Val d’Or, dans l’Abiti-Témiscamingue, Amir Khadir aborde la campagne provinciale avec enthousiasme et confiance. La victoire de Barak Obama a donné le moral à son parti. Dans le comté de Mercier, comme dans le Québec en général, l’un des deux porte-paroles de Québec Solidaire entend bien persuader les électeurs qu’ici aussi « yes, we can ».

 

 

Que pensez-vous de la décision du gouvernement libéral de déclencher de nouvelles élections moins de deux ans après les précédentes ?

Amir Khadir : " Je peux comprendre que la position d’un gouvernement minoritaire n’est pas des plus confortables. Cependant, je ne suis pas dupe : les sondages favorables au parti Libéral ont favorisé cette décision plus que la volonté de répondre à la crise. Si le gouvernement Charest avait eu un plan clair, une orientation politique définie, on n’aurait pas pu lui reprocher son choix. Mais dans le contexte actuel, il s’agit d’opportunisme et cela ne fait qu’accentuer la défiance des électeurs et achever la crédibilité d’une certaine classe politique. Ce cynisme alimente le désaveu politique des électeurs. Et je croise d’ailleurs beaucoup de militants du Parti Libéral qui eux-mêmes ne comprennent pas ".

 

 

Fondé en 2006, votre parti entre dans sa deuxième campagne générale, qu’est-ce qui a changé pour Québec Solidaire depuis la dernière élection ?

 

Amir Khadir : " Nous avons tout simplement acquis plus d’expérience. Aujourd’hui, Québec Solidaire s’est fait une place au Québec et nous avons un rôle intéressant à jouer. L’accueil de la part des électeurs est très bon et nous semblons susciter beaucoup de sympathie, tout en recueillant plus d’appuis. A Sherbrooke, nous avons déjà une équipe de 50 bénévoles qui travaillent sur la campagne ! Par ailleurs, notre message est entendu et il a une influence sur le gouvernement, notamment sur la hausse du salaire minimum ou des places en garderie . "

 

 

Justement, votre parti étant très à gauche, n’êtes-vous pas davantage un parti d’influence qu’un parti de pouvoir ?

Amir Khadir  : " Notre programme est de gauche, certes, mais regardez aux Etats-Unis : qui aurait parié qu’un candidat qui a parlé du problème de la mauvaise redistribution des richesses dans sa campagne puisse gagner dans ce pays ? Québec a l’avantage d’être assez petit et socialement adapté pour être un instrument de changement et un exemple de progrès social. Il ne s’agit donc pas de prendre le pouvoir mais de changer le pouvoir. Aujourd’hui, le pouvoir n’est pas entre les mains du peuple, ni même du gouvernement, mais juste dans celles du Marché et de ses lois. Nous voulons restituer au peuple sa souveraineté ."

 

 

Quelles sont les choses que vous avez apprises de cette première expérience électorale et qui vont vous servir aujourd’hui ?

Amir Khadir  : " Nous avons beaucoup semé depuis notre création. Aujourd’hui, il faut persévérer et construire brique par brique. En mars 2007, nous avions eu quelques bonnes possibilités, en terminant parfois second. Cette fois-ci, même si nous essaierons d’être présents partout, nous voulons concentrer nos efforts dans les comtés où nous avons reçu le plus d’appui et où nos chances sont réelles comme Gouin, Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont, Outremont à Montréal, Taschereau à Québec, Sherbrooke, Rouyn-Noranda, Saguenay… Car l’objectif, c’est de faire élire des députés. Et si nous obtenons 6% de voix, je serais déjà très content. "

 

 

Quelles sont les mesures phares de votre programme qui devraient convaincre les électeurs ?

Amir Khadir : " Elles vont dans le sens d’une récupération du pouvoir par le peuple. Nous souhaitons notamment une reprise publique du contrôle de la caisse de retraite, une défense d’un système de santé publique sans place pour le privé, un investissement de l’épargne publique dans les entreprises québécoises responsables pour encourager notre économie et soutenir notre production, ce qui créera des emplois localement. Nous souhaitons également développer davantage les transports en commun et augmenter immédiatement le salaire minimum, et non sur deux-trois ans comme le proposent les Libéraux, afin de pousser l’économie par le bas. "

 

 

A titre personnel, en mars 2007, vous aviez terminé second dans la circonscription de Mercier avec plus de 29% des voix. Pensez-vous être en mesure de l’emporter cette fois ?

Amir Khadir : " Je pense être bien placé mais rien n’est joué. Je pars de l’exemple de Barak Obama. Face à Clinton, personne ne misait sur ses chances, la hiérarchie politique traditionnelle devait fonctionner. Le génie d’Obama est d’avoir réussi à convaincre les électeurs qu’ils pouvaient y croire. Dans ce sens, sa victoire est avant tout celle du peuple américain : quand le peuple décide, quand il surmonte le scepticisme engendré par certains politiciens, il a le pouvoir de changer les choses. Sa victoire nous donne de bonnes raisons d’espérer et cela doit être également le cas pour les électeurs. Je veux que les Québécois s’inspirent de cet exemple pour voter par conviction et non par calcul. Qu’ils comprennent, comme les Américains il y a quelques jours, que ce n’est pas « blanc bonnet et bonnet blanc », mais qu’il existe une réelle alternative avec Québec Solidaire et qu’ils doivent se mobiliser autour d’un projet social ambitieux. "

 

 

Propos recueillis pour l’édition de novembre-décembre du journal montréalais, L’Interligne .


NOTRE-DAME-DE-GRÂCE : UNE PLACE POUR DEUX

1 novembre 2008

                                                                                                                                                                                   

 

Après la démission de Russell Copeman, ils seront principalement deux à pouvoir prétendre à la place de député de NDG. Deux nouveaux venus en politique pour succéder à celui qui a marqué le comté avec 14 ans d’exercice.

 

Depuis le 22 octobre dernier, Notre-Dame de Grâce est orpheline de son député Russell Copeman, la machine à gagner du Parti Libéral de 1994 à 2008. Las de n’entrer au gouvernement et de n’être reconnu à sa juste valeur selon certains, l’ancien député a préféré rejoindre Concordia et laissé place vacante quelques semaines avant le déclenchement des élections. Peut-être pour mieux aider son parti à les préparer ?

 

Bien décidé à ne pas revivre la désillusion de 1989 où le Parti de l’Egalité lui avait volé la vedette, le PLQ a donc dégotté une personnalité locale en la personne de Kathleen Weil. « Ça faisait trois fois que le parti me demandait de m’impliquer en politique. J’ai toujours eu un intérêt pour la chose publique, mais avec quatre enfants, c’était impossible. Aujourd’hui, la plus jeune à 13 ans, j’ai donc pensé qu’il était temps  ». Avocate de formation, Kathleen Weil connaît bien Montréal et cette circonscription via son poste de présidente de la Fondation du Grand Montréal qui récolte des fonds de dotation pour aider les organismes dans les secteurs de la santé, de l’environnement, de l’éducation ou encore, de la culture. « J’ai eu beaucoup de contacts avec des élus locaux, provinciaux, fédéraux ainsi qu’avec les gens impliqués dans le milieu communautaire  », explique-t-elle. Une connaissance intéressante qui ne l’empêche pas de parcourir le comté de porte en porte pour rester fidèle à la stratégie gagnante de son prédécesseur : « nous partageons la même vision de rester connecté à la population pour être à l’écoute de ses problèmes  ».

 

 

Le PQ par la gauche

 

 

Pour contrer l’ascension de l’héritière de Copeman, le Parti Québécois a misé sur la jeunesse avec Fabrice Martel. Un candidat naturel de part son implication dans la campagne 2007 où il assurait les relations presse de la candidate Sophie Fréchette dans NDG, mais aussi de part sa domiciliation dans le quartier depuis ses deux ans. « Ce n’est pas un cadeau pour une première  », plaisante-t-il en référence aux résultats favorables au PLQ dans le comté, « mais nous devons être présents dans chaque circonscription  » ajoute-t-il, bon soldat.

 

Très critique à l’égard du gouvernement libéral dont il fustige « la volonté d’imposer son programme en oubliant que les électeurs ne lui avait pas donné la majorité  », il dénonce leurs mesures économiques « très à droite  » et espère effriter le vote libéral via son discours social-démocrate. « Les baisses d’impôt quand elles s’accompagnent de hausses de tarifs comme ceux de l’électricité, défavorisent la population modeste du comté  », note-t-il.

 

Mais pour permettre au premier ministre sortant d’égaler le record de Maurice Duplessis de trois mandats d’affilé, son adversaire Kathleen Weil « ne compte pas ses heures  » et a dores et déjà démissionné de son poste à la Fondation du Grand Montréal. Un signe de confiance ?

 

 

Article publié dans l’édition de novembre-décembre du journal montréalais, L’Interligne .


BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

1 novembre 2008

 

 

La « déclaration d’amour pour le Canada » du président français Nicolas Sarkozy a déchaîné les passions à travers le Québec. Au triomphe des fédéralistes ravis de s’accaparer ses propos, les souverainistes oscillent entre embarras, surprise et accusation d’ingérence. Le nouveau chef d’état français peut quant à lui se féliciter : son passage a été remarqué.

 

Pour un temps, on se croirait revenu à l’époque du général De Gaulle et de son fameux discours depuis la terrasse de l’Hôtel de Ville de Montréal conclu par le vibrant « Vive le Québec libre !  ». Cette déclaration historique raisonne dans bien des têtes au moment de savoir si, 41 ans plus tard, son contemporain Nicolas Sarkozy a fait une erreur diplomatique ou réconcilié pour de bon le Canada et la France.

 

Une chose est sûre, à défaut d’avoir illuminé le sommet de la Francophonie par sa présence, Nicolas Sarkozy a pu s’envoler le cœur léger vers les cieux américains pour sauver le monde capitaliste : son absence a moins fait parler que ses déclarations pour un « Canada uni ». En un minimum de temps, il s’est assuré une exposition médiatique maximum. Voilà ce qu’on appelle une opération réussie !

 

Car depuis ses premiers pas et surtout, son retour triomphal sur le devant de la scène politique, l’homme s’est construit une stratégie imparable pour parvenir au sommet : une présence médiatique de tous les instants. Comme ministre de l’Intérieur, il ne rate   jamais une occasion d’aller sur le terrain, de couvrir le moindre fait divers, de se montrer encore et toujours… à condition que les caméras suivent. Le voir partout doit suffire à prouver son action à tel point qu’on se demande comment l’homme travaille entre ses déplacements, ses joggings, ses séances photos, ses interviews et ses plateaux télés. Il en fut ainsi quand il était ministre, puis candidat et aujourd’hui encore, devenu président, il nous ressert la sauce. Quatre mois après son élection, Nicolas Sarkozy est déjà apparu 224 fois dans les journaux télévisés contre 75 pour Jacques Chirac 5 ans plus tôt… Pas mal pour un président qui annonce une réforme par jour ! On ne compte plus les couvertures, les reportages et les articles qui lui sont consacrés dans Paris Match . De sa soif inaltérable de présence médiatique, le président français ne recule devant rien et met en scène sa vie privée, au point d’organiser une conférence de presse sur son lieu de vacances.

 

 

Savoir choisir ses amis

 

 

Au cours de ses longues années de politique locale et nationale, Nicolas Sarkozy fréquente les grands de ce monde et tisse ses liens de préférence avec les milliardaires bien placés. Son mandat de maire de Neuilly, une  des communes les plus riches de France, aide aux rencontres fructueuses. Son omniprésence dans les pages du Paris Match surprend moins lorsqu’on sait que le journal appartient au groupe Lagardère, dirigé par Arnaud Lagardère que Nicolas Sarkozy appelle affectueusement son « frère  ». Ni de sa présence soutenue au journal télévisé de TF1, chaîne appartenant à Martin Bouygues, parrain du fils de Nicolas Sarkozy.

 

Ce n’est pas un scoop, le président de France aime ce qui brille. Ce n’est pas pour rien que certains raillent son style « bling-bling ». Peut-être est-ce son héritage familial, lui qui est issu de la petite noblesse hongroise ? En France, il côtoie Vincent Bolloré, François Pinault, Serge Dassault ou encore Bernard Arnault. Une belle brochette de portefeuilles garnis, qui plus est propriétaires de grands médias. De quoi offrir à Sarkozy une tribune digne de son numéro. A l’étranger, ses mécènes se nomment Desmarais ou encore Mike Appe, ex-vice président de Microsoft qui lui offre une semaine luxueuse dans sa demeure sur le lac Winnipesaukee. Logique donc, que certains aient vu dans les déclarations fédéralistes de Sarkozy le résultat de ses liens avec la famille Desmarais.

 

En 1995, alors que Nicolas Sarkozy est au fond du trou, entamant sa traversée du désert après avoir soutenu Edouard Balladur contre Jacques Chirac, finalement élu Président, l’homme d’affaire canadien le prend sous son aile. Au moment de décorer Desmarais grand croix de la légion d’honneur, décoration nationale suprême en France, Nicolas Sarkozy rappelle d’ailleurs : " si je suis aujourd’hui président, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et à la fidélité de Paul Desmarais ." Le 6 mai 2007, Paul Desmarais est d’ailleurs sur la « short list » des personnes invitées à célébrer le nouveau président sur les Champs-Elysées, au Fouquet’s.

 

Mais si Nicolas Sarkozy a vraiment voulu renvoyer l’ascenseur à son généreux protecteur, mieux vaut regarder du côté des affaires : la fusion entre Gaz de France et Suez, dont la famille Desmarais est le principal actionnaire via le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), et le renforcement de l’action française en Afghanistan permettant à Total, dont GBL détient également des parts, de conserver son aura dans la répartition des exploitations du pétrole.

 

Nicolas Sarkozy n’a sans doute fait qu’exprimer ce qu’il pense en vantant le Canada uni. Comment Pierre Desmarais aurait-il pu voir en lui " quelqu’un qui serait bien pour la France ", comme le rappelle le quotidien La Presse ,  s’il défendait des positions souverainistes ?

 

 

Sarkozy, l’Américain

 

 

Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy s’est souvent vu reprocher son attirance pour les Etats-Unis et la culture anglo-saxonne. Pas très vendeur pour une opinion publique élevée à l’antiaméricanisme… Qu’on se le dise, son discours et ses idées viennent de là, lui qui au ministère de l’Intérieur emprunte au maire de New York le fameux concept de la « Tolérance zéro ». En 2007, durant sa campagne, il rêve de subprimes à la française pour favoriser l’endettement des ménages, pas assez important selon lui. Ces subprimes, fruit pourri venu des Etats-Unis, qui ont finalement provoqué l’effondrement du système financier international. Devant le Congrès américain, il se fend d’une vibrante déclaration d’amour concrétisée par une plus grande implication de la France en Afghanistan.

 

Rien d’étonnant donc, à ce qu’il prenne le contrepied de De Gaulle, anti-atlantiste dont la méfiance vis-à-vis des Américains et des Anglo-saxons nourrit la légende. Dans sa volonté d’attirer l’attention pour exister, il ne peut se permettre de vivre dans l’ombre du général. Des propos souverainistes le relègueraient au rang de simple héritier sans le démarquer. En intervenant aussi directement, Nicolas Sarkozy s’offre la chance de figurer lui aussi dans les livres comme le président qui a modifié l’approche française au Canada.

 

 

Monsieur « je sais tout ! »

 

 

De toute façon, il ne peut se taire. Il est comme ça, Nicolas Sarkozy, un enfant à qui on donne la parole dans une soirée d’adultes et qui la confisque pour attirer l’attention. Quitte à dire tout et son contraire pour se rendre intéressant. Il se rêve grand homme en prenant la posture, quelque soit le sujet. Omniprésent, omnipotent, omniscient comme le veut la vieille tradition française d’Ancien Régime, il s’exprime sur tout et ne dit jamais « je ne sais pas ». Avocat spécialisé dans le droit immobilier, grisé par le pouvoir, il pense que le plus important n’est pas tant ce qu’il dit que l’aplomb avec lequel il l’exprime, y compris sur des thèmes qui lui sont totalement étrangers. Tant que la couverture médiatique suit…

 

Ainsi, en 2007, il gratifie le journal Philosophie Magazine d’un cours sur la génétique dans un débat où il explique qu’on « naît pédophile  » et que le suicide est inscrit dans les gênes ! De son discours, difficile de suivre un fil d’Ariane, il n’en sort qu’une bouillie intellectuelle. Alors qu’il demande à ses ministres   de faire des économies, il explose le budget de l’Elysée. Il annonce une équipe restreinte ? Les effectifs élyséens grimpent de près de 100 personnes un an après sa victoire. Il pourfend le capitalisme immoral mais fréquente ses plus grands défenseurs et contributeurs. Il prône la valeur du travail en privilégiant les rentiers. Il se fait le défenseur de la France qui se lève tôt mais mijote une réforme fiscale exclusivement profitable aux ménages les plus riches.  Enfin, n’oublions pas que l’homme qui vante l’union du Canada et cite en exemple l’Union Européenne, torpille cette institution depuis son élection avec notamment la création en parallèle de l’Union de la Méditerranée pour se rapprocher des pays africains sans passer par l’Europe.

 

Mais à l’extérieur, il est facile de se donner un statut de grand homme. Chirac l’avait fait avant lui. Qu’on ne s’y trompe pas, le courage politique de Sarkozy a pourtant ses limites. Pas question de parler d’Irak devant le Congrès américain, ni des droits de l’homme avec le dictateur lybien Kadhafi accueilli en grande pompe pour lui vendre des centrales nucléaires. Et que dire des chaleureuses félicitations à l’endroit de Vladimir Poutine lors de sa victoire pour le moins contestée ?

 

 

Tout ça pour ça

 

 

Finalement, les propos de Nicolas Sarkozy n’ont que peu d’impact. Si en 1967, le premier ministre Daniel Johnson avait besoin du soutien d’un personnage international pour défendre une place plus favorable du Québec dans le Canada, les Fédéralistes ne manquent pas d’appuis internationaux pour défendre un Canada uni. Il est somme toute surprenant de voir leur enthousiasme, loin des accusations d’ingérence lancées par le passé. Ont-ils besoin du soutien du colonisateur passé pour légitimer leur action présente ?

 

Quoi qu’il en soit le Québec n’est plus la France et l’avis de son président, tout vêtu de son beau costume de chef de l’Union Européenne, ne doit pas faire oublier que cette question demeure interne. Mais que les Souverainistes se rassurent : avec un ami pareil, pas sûr que le Canada soit servi.

 

 

Article publié dans l’édition de novembre-décembre du journal montréalais, L’Interligne.


LES LIBÉRAUX DANS LEUR JARDIN

1 septembre 2008

                                                                                                                                                                                         

 

A Outremont comme à Westmount-Ville Marie, les Libéraux se sont souvent illustrés. En sera-t-il de même cette fois encore ?

 

François Pilon des Verts le notait : le Parti Libéral doit être bien désorganisé pour que lui-même ait collé ses affiches avant eux. Le spectre des commandites secoueraient-ils encore le parti de Stéphane Dion ? A Westmount-Ville Marie, Marc Garneau tente de se rassurer : « les électeurs ne m’en ont pas parlé, je pense que ce n’est plus un enjeu et beaucoup de choses ont changé depuis  ». Le Parti Libéral peut-il alors envisager de conserver le soutien indéfectible de Westmount-Ville-Marie et de récupérer Outremont à Thomas Mulcair ?

 

Après presque 11 mois de campagne, élections partielles obligent, Marc Garneau est optimiste quant à ses chances de conserver un fief acquis à la cause libérale depuis 1960. Toutefois, il devra convaincre ses partisans de la pertinence d’avoir maintenu les Conservateurs au pouvoir jusque-là. A Outremont, Sébastien Dhavernas justifie : « Nous avons été responsables, on ne peut envoyer les électeurs aux urnes tous les mois !  »

 

Cette attitude responsable, cette faculté à exercer le pouvoir, c’est l’argument principal des deux candidats. « La politique, c’est l’art du compromis. Notre parti est capable de rassembler différents points de vue  », soutient M. Dhavernas. « Regardez notre bilan de 1997 à 2005: nous avons livré la marchandise et assuré une gestion saine de l’économie et de la justice sociale » note M. Garneau. « Nous avions laissé la maison nette avec des surplus  », ajoute son collègue d’Outremont.

 

Persuadé que les élections partielles ne sont pas les élections générales et que le vote stratégique lui permettra de reprendre la circonscription d’Outremont, Sébastien Dhavernas présente le parti Libéral comme la seule alternative aux Conservateurs. « Leur manière de gouverner est brutale, avec des ministres aux pouvoirs discrétionnaires. Si vous ne pensez pas comme eux, vous ne comptez pas ! ». Ancien comédien et producteur, M. Dhavernas avoue que les coupures dans la Culture ont été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase  » et l’ont poussé à s’engager.

 

Aujourd’hui, son seul objectif est de représenter les gens d’Outremont et de faire avancer les dossiers comme celui de la décontamination des sols de la gare de triage, le projet de CHUM, la reconnaissance des diplômes pour les immigrants ainsi que le sort des 12/17 ans auxquels il propose un maillage sport-culture avec le recrutement d’éducateurs. « Mon approche est un mélange d’écoute et de propositions, à l’image du Parti Libéral  ».

 

S’il est parfois reproché au leader fédéral Stéphane Dion un ton trop professoral, M. Garneau se dit « fier d’un chef intègre » et Sébastien Dhavernas avance que : « c’est avec un bon professeur qu’on apprend  ». Reste à savoir ce qu’en pensent les élèves…

 

 

Article publié dans l’édition de septembre-octobre du journal montréalais, L’Interligne .


LE PARTI CONSERVATEUR VEUT Y CROIRE

1 septembre 2008

                                                                   

Ses deux représentants l’assurent, le Parti conservateur ne veut pas être en reste à Montréal. Leur stratégie : profiter du bilan de Stephen Harper pour convaincre.

 

Guy Dufort et Lulzim Laloshi le répètent : c’est sur le bilan du gouvernement Harper qu’ils comptent se faire élire. « Notre programme est précis et concret. Nous travaillons fort pour donner des solutions concrètes à des problèmes concrets  », explique Guy Dufort, candidat conservateur dans Westmount-Ville Marie. « Le programme de nos adversaires implique d’énormes dépenses, ce qui conduirait au déficit et serait très dangereux dans le contexte actuel  » ajoute-t-il. « Si notre économie reste en bonne santé, c’est grâce aux Conservateurs  » ajoute son homologue dans Outremont, « nous sommes les mieux placés pour gouverner  ».

 

Mais pour gagner dans leurs circonscriptions respectives, rien n’est moins sûr. Dans des bastions traditionnellement libéraux et qui comptent quelques vedettes politiques, difficile de parier sur les deux candidats conservateurs pour bousculer la hiérarchie. Ce n’est pourtant pas faute de bonne volonté, signe que même si Montréal s’est souvent refusée aux Conservateurs, ceux-ci n’ont pas abandonné l’idée d’y triompher.

 

« Je suis en campagne depuis le 17 mars dernier  », raconte M. Dufort, « j’ai visité plus de 8500 portes, rencontré les groupes communautaires, participé à des débats… L’accueil est très encourageant  ». Si de son côté, M. Laloshi n’a pas commencé la campagne aussi tôt, n’ayant pas d’élections partielles en vue, le jeune entrepreneur s’est fixé un défi « d’au moins mille poignets de mains par jour !  ». De quoi se faire connaître et savoir ce qu’attendent les électeurs.

 

Albanais d’origine, M. Laloshi est arrivé il y a dix ans au Canada. Aujourd’hui, il souhaite rendre au pays ce qu’il lui a apporté et être un modèle pour les nouveaux arrivants. A Outremont, il fixe une priorité : la reconnaissance des compétences professionnelles pour les immigrants. « J’ai moi-même connu ce problème et je sais que l’intégration passe par l’emploi  ». Travaillant dans le quartier depuis plus de 30 ans, M. Dufort ne peut quant à lui faire l’impasse sur l’environnement dans une circonscription que le candidat des Verts déclare comme étant « la plus écologique du Québec  ». Difficile, quand son parti se fait remarquer pour avoir sorti le Canada des objectifs de Kyoto. « Mais ils étaient inatteignables  », défend-t-il. « Le Parti Libéral n’ayant rien fait pendant 13 ans, on ne pouvait rattraper leur inertie en 2 ans. Nous tâchons juste de voir ce qui est réalisable et de le faire pour de bon.  »

 

Critiqués par leurs adversaires sur ce même « Bilan Harper  », les deux candidats prennent donc le contre-pied et rappellent que « sur les cinq engagements pris en 2006, tous ont été respectés, certains même en avance comme la baisse de la TPS  ». Une stratégie audacieuse qui pourrait leur coûter cher si les électeurs décidaient de sanctionner le premier ministre sortant.

 

                                                                                                                                                                                                                                                                  

Article publié dans l’édition de septembre-octobre du journal montréalais, L’Interligne .

 

 

 


LE NPD, POUR CONFIRMER

1 septembre 2008

                                                                                                                                                                                   

Fort de la victoire de Thomas Mulcair en 2007, le Nouveau Parti Démocrate entend bien surfer sur la vague du succès qui a porté l’ancien ministre à la tête d’Outremont.

 

Anne Lagacée-Dowson l’assure : si les partielles avaient eu lieu comme prévu en septembre, le NPD compterait aujourd’hui un député de plus à Montréal. C’est dire l’état d’esprit qui règne dans le camp social-démocrate à l’orée du scrutin de Westmount-Ville-Marie. « Notre programme est porteur de changements pour les électeurs déçus des deux principaux partis gouvernementaux  » explique-t-elle. Malgré cette belle assurance, l’ancienne animatrice à la radio de CBC aura fort à faire dans un comté acquis aux Libéraux depuis 1960. « Mais les électeurs en ont assez d’être pris pour acquis par le Parti Libéral  ».

 

Un sentiment qui les porterait vers le NPD ? « La politique des Conservateurs effraient les Québécois et le Bloc est trop obnubilé par les questions de souveraineté. Il est temps de passer à autre chose et d’offrir une alternative crédible aux vieux partis  ».

 

De son propre aveu, Mme Lagacée-Dowson bénéficie du travail de Jack Layton. « Il est très populaire ici. Il ne faut pas oublier qu’il vient de NDG. Son attitude face à la guerre, ses idées en environnement sont très appréciées. Il est l’un des premiers à avoir soulevé le problème des gaz à effet de serre et il n’a plus de voiture depuis 15 ans !  »

 

Persuadée qu’on ne peut séparer l’enjeu écologique et la justice sociale, Mme Lagacée-Dowson a donc fait le grand saut « pour ses filles  », dit-elle, mais aussi pour défendre les valeurs de Trudeau, oubliées selon elle par les Libéraux. « Et puis, en voyant le gouvernement Harper, j’ai pensé qu’il fallait agir  ». Aujourd’hui, elle ne pose plus les questions donc, mais répond, convaincue que la victoire de Mulcair annonce des jours heureux pour le NPD.

 

Candidat à sa propre succession dans Outremont, son modèle, Thomas Mulcair, a finalement beaucoup à perdre dans Outremont. Après son succès face à ses anciens camarades libéraux, l’ancien ministre aura face à lui l’ancien comédien Sébastien Dhavernas. Pas de quoi nuire à son optimisme. « Depuis un an, je suis un député archi-présent dans le comté. Mon bureau a offert beaucoup de services aux habitants  ». Lorsqu’on évoque le précédent Edmonston, victorieux à Chambly en 1990 lors d’élections partielles avant que les Libéraux ne reprennent leur siège, il rappelle qu’« en 1993, Edmonston ne s’était pas présenté !  ».

 

Sous le feu des critiques en environnement, notamment pendant son mandat de ministre du développement durable, de l’environnement et des parcs dans le gouvernement Charest, il se défend « je suis fier de mon bilan et je peux le défendre contre quiconque. Quand j’étais ministre, les gaz à effets de serre baissaient » Opposé à certains projets gouvernementaux comme la centrale du Suroît et la privatisation d’une partie du parc national du Mont-Orford , cet avocat de formation revendique son « autonomie d’esprit  ». Fier de faire parti des rangs du NPD dont il est désormais l’un des chefs de fil, il avait annoncé en 2007 que sa victoire n’était qu’un début. Réponse le 14 octobre !

 

 

Article publié dans l’édition de septembre-octobre du journal montréalais, L’Interligne .


LE BLOC Á LA RELANCE

1 septembre 2008

 

 

Pour prendre la tête des circonscriptions d’Outremont et de Westmount-Ville-Marie, le Bloc Québécois relance Marcela Valdivia et fait émerger une jeune pousse : Charles Larivée.

 

 

Que les partisans du Bloc Québécois se rassurent : la relève est assurée, et elle a les dents longues. Après avoir disputé les joutes électorales au Cégep et à l’université, Charles Larivée plonge cette fois dans le grand bain électoral comme candidat de Westmount-Ville-Marie. « C’est un travail à temps plein, entre le téléphone, le porte-à-porte, poser des pancartes  », avoue-t-il « mais les partielles m’ont aidé et aujourd’hui, les gens me reconnaissent  ». Ils reconnaîtront également sa collègue d’Outremont, Marcela Valdivia qui après une tentative avortée en 2000 a décidé de remettre le couvert. « La situation économique, culturelle avec les coupures de budget, le droit des femmes bafoué, tout cela m’a convaincu de me battre. Je ne peux pas me taire ! ».

 

Objectif : bouter les Libéraux hors de leurs circonscriptions historiques. « Le Bloc a déjà réussi à Papineau et à Saint-Lambert  », rappelle M. Larivée. « Mon seul adversaire : le taux de participation », s’inquiète Mme Valdivia.

 

Pour convaincre les électeurs, chacun sa manière. Si M. Larivée se promène et débat, Mme Valdivia ajoute internet à sa palette. « C’est un outil qui permet de joindre beaucoup de monde et de faire connaître nos idées. Nous mettons en ligne les interviews télévisées sans les coupures du montage et Antoine Lapointe, des jeunes militants, a de son initiative créé ma page sur facebook ». Mais mis à part les convaincus, les internautes iront-ils réellement s’y promener ?

 

Balloté au fédéral, le Bloc s’en remet à un jeune novice et une candidate d’origine étrangère. Mais alors que les assemblées provinciales et fédérales ne sont pas encore très ouvertes à la diversité, le combat s’annonce rude. Désespéré ? Non, rétorquent en cœur les candidats qui assurent en tirer parti. « Cela me permet de rejoindre les étudiants de ma circonscription. Ils savent que je les comprends, que je connais leur réalité, notamment sur les questions d’endettement. Les gens plus âgés sont intrigués mais très vite, je gagne leur respect ». Même son de cloche à Outremont. « Il ne faut pas s’autocensurer. Il est temps de donner une place aux immigrants. Le mélange de culture et l’ouverture sur le monde sont une grande richesse », se réjouit Mme Valdivia. Son exemple : sa propre famille.

 

Originaire du Chili, elle est aujourd’hui mariée à un Québécois du Lac Saint Jean avec lequel elle a un enfant qui profite de cette double culture. Des racines auxquelles elle a pu rendre hommage le 18 septembre dernier date de l’indépendance du Chili qu’elle a quitté à 1O ans. Mais pour l’heure, son défi est ici : l’emporter devant le député sortant Thomas Mulcair, coupable selon elle « d’avoir le cœur à gauche au provincial et le cœur à droite au Fédéral  ». Preuve qu’il n’y a pas que le taux de participation qui l’importe !

 

 

Article publié dans l’édition de septembre-octobre du journal montréalais, L’Interligne .


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